Les Larmes de Juillet : Un Combat pour un Toit
« Pauline, s’il te plaît, essaye de comprendre… »
La voix de Julien, mon fils, flotte dans la pièce, tremblante, trop mûre pour ses vingt-trois ans. La soupe fume encore, mais le dîner s’est figé comme nos espoirs. Mon mari, Luc, attrape nerveusement ses lunettes, les essuie, les repose. Il évite nos regards. La gorge nouée, je me force à respirer doucement, pour ne pas crier, pour ne pas pleurer, pas devant eux.
« Je comprends, Julien, mais où tu veux qu’on aille, nous, ton père et moi ? »
Sa fiancée, Elise, serre ses mains sur la table comme si elle priait un saint. Qu’ont-ils à prouver ? Dois-je leur rappeler qu’à Liège, les loyers de notre quartier ont explosé depuis que l’université attire des étudiants étrangers ? Que je fais des ménages à Flémalle pour boucler la fin du mois ?
Julien répète, d’une voix brisée : « On est à l’étroit dans le studio, maman. C’est impossible d’y vivre à deux. On pourrait simplement échanger, tu sais… Vous pourriez aller chez tante Irène, ou chercher un petit rez dans Outremeuse… »
J’imagine déjà quitter ces murs, là où la taque électrique a nourri autant de disputes que d’anniversaires. Où les photos encadrées racontent une belle histoire, mais usée par l’humidité du rez-de-chaussée. Ce logement, ce n’est pas qu’un toit ; c’est mon refuge, mon repaire, celui de Luc, celui où on s’est aimé même dans la crise.
« Tu veux qu’on supplie la famille alors qu’ils ont à peine de quoi… Tu as pensé à nous, Julien ? Toi, tu recommences ailleurs, et nous, on recommence à zéro, à cinquante ans ? »
Elise lève les yeux, mouillés mais déterminés : « Pauline, on veut juste une chance. »